22 mars 2025

Caractérisation de profils d’ingestion de truies allaitantes Axiom et lien avec leurs performances

En France, la prolificité des truies a considérablement augmenté ces dernières décennies. Cette évolution est notamment le résultat du travail de sélection génétique des lignées porcines avec une orientation importante sur l’amélioration de la productivité.

SOMMAIRE

Une prolificité en constante évolution et des besoins nutritionnels modifiés

En France, la prolificité des truies a considérablement augmenté ces dernières décennies. Cette évolution est notamment le résultat du travail de sélection génétique des lignées porcines avec une orientation importante sur l’amélioration de la productivité. Cette stratégie a eu pour conséquence une augmentation du nombre de porcelets à allaiter et donc une modification des besoins nutritionnels des truies pendant la lactation. Au cours de cette période, les besoins de la truie doivent alors être couverts par son ingestion d’aliment et/ou par la mobilisation de ses réserves corporelles. En cas de carence, la production laitière peut être négativement impactée, compromettant ainsi la croissance, voire la survie, des porcelets2.

Si des études ont mis en évidence qu’une forte mobilisation des réserves corporelles pendant la lactation pouvait affecter négativement les performances de reproduction des truies au cycle suivant8, des travaux ont également montré que le niveau d’ingestion ainsi que la trajectoire de la courbe d’ingestion impactent les performances maternelles des truies4,5,9. Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur la diversité des profils d’ingestion alimentaire observés sur les truies en lactation afin d’évaluer s’il existe un lien entre leur comportement alimentaire, les performances en lactation et les performances de reproduction.

Une étude robuste basée sur une base de données complète 

Cette étude repose sur le suivi longitudinal, entre décembre 2019 et janvier 2023, d’un cheptel de 350 truies en sélection Tai Zumu. Les truies étaient élevées dans un élevage conduit en sept bandes avec un sevrage des porcelets à 28 jours. Les quantités d’aliments étaient distribuées par un système d’alimentation individuel Modulosec® (Skiold, Sæby, Danemark) avec un enregistrement quotidien des distributions. Ce système distribue la ration d’un repas en plusieurs fois et permet une modulation automatique de la courbe programmée à l’échelle de la journée. La teneur moyenne en énergie nette de l’aliment distribué était de 10,0 MJ/kg, et la teneur en lysine digestible de 9,8 g/kg. Les consommations journalières ont été enregistrées de l’entrée en maternité (EM), en moyenne 7 jours avant la mise-bas (MB), jusqu’au sevrage (SM), en moyenne 27,4 jours après la MB, au cours de 2 308 lactations. Avec une moyenne de 2,65 lactations par truie, ce sont 870 truies distinctes qui composent la base de données de cette étude.

Les durées d’allaitement variant en fonction du jour de la MB, il a été considéré qu’une lactation correspondait à une période complète des 24 jours consécutifs à la mise-bas. Ainsi, pour toutes les truies de l’étude, les consommations retenues pour l’analyse sont comprises entre le jour de la mise bas (J1) et le 24ème jour de lactation (J24).

En complément des distributions journalières, l’étude repose sur une base de données créée à partir des données saisies en routine au sein de l’élevage. Cette dernière est constituée entre autres :

  1. des poids individuels des porcelets dans les 24 heures de vie et à 19 jours d’âge ;
  2. des poids et épaisseurs de lard dorsal des truies en entrée et sortie maternité ;
  3. des nombres de porcelets nés totaux (NT), nés vivants (NV) et sevrés (SEV) par portée et pour tous les cycles sur la période de l’étude;
  4. de l’intervalle sevrage – première saillie (ISS1, j).

La mobilisation des réserves corporelles durant la lactation a été estimée par la perte de poids relative (PERTE_PDS, %) des truies entre la mise-bas et le sevrage. Le gain de poids moyen journalier de la portée entre J1 et J19 (GMQ1-19, kg/j) a été calculé ainsi que le niveau d’ingestion total des truies au cours de la lactation (CONSO_LACTA, kg).

Distinction de profil d’ingestion : une approche inédite qui fonctionne

Les travaux sur les trajectoires de consommation alimentaire des truies en lactation restent relativement limités et ne permettent pas de définir de méthode de référence pour la définition des profils. Dans cette étude, il a été fait le choix de caractériser la trajectoire de chacune des 2 308 courbes d’ingestion via deux régressions linéaires. La première régression visait à modéliser l’ingestion entre J1 et J11, identifiée comme la période de forte augmentation des quantités distribuées. La seconde régression linéaire visait à modéliser l’ingestion entre J12 et J24, période identifiée comme le plateau de consommation.

Une analyse en composante principale a ensuite été réalisée à partir des quatre variables correspondant aux paramètres des régressions linéaires précédemment définies : les pentes et les ordonnées à l’origine. Ensuite, une classification ascendante hiérarchique a été réalisée afin de distinguer les lactations selon l’allure de la courbe d’ingestion des truies et ainsi de créer des groupes homogènes en termes de profils d’ingestion.

À notre connaissance, la méthode proposée dans cette étude n’a pas été utilisée dans d’autres publications. Toutefois, les profils obtenus sont conformes à ceux décrits dans la littérature, tout comme le nombre de trajectoires identifiées5,9. Dans le cadre de l’étude, la méthode utilisée nous a semblé suffisante pour distinguer six groupes de courbes d’ingestion tout en ayant des effectifs relativement homogènes par groupe.

Comparatif, des groupes G1 à G6, de la quantité d'aliment distribué

Figure 1 – Comparaison des courbes moyennes d’ingestion obtenues pour chaque groupe et pour l’ensemble du jeu de données

Suite à ces analyses, les groupes ont été identifiés de G1 à G6 par ordre croissant de la CONSO_LACTA moyenne, soit respectivement : 122,1 ; 127,5 ; 133,1 ; 136,8 ; 143,8 et 146,6 kg/truie.

Des profils distincts pour des performances équivalentes

L’analyse des résultats de reproduction des truies a montrée une indépendance avec les groupes de profils d’ingestion ainsi qu’avec les critères associés à la consommation alimentaire, à la mobilisation des réserves corporelles et à la croissance de la portée. Ces résultats sont en contradiction avec de nombreux auteurs ayant mis en évidence les effets négatifs d’une importante mobilisation des réserves corporelles sur les critères liés à la reproduction des truies au cycle suivant6,3. Il est possible que ces résultats soient liés à la spécificité des truies de cette lignée. En ce sens, à la différence des truies de lignée européennes, Banville (2016)1 a mis en évidence que les truies Tai Zumu maintenaient un excellent niveau de capacités reproductrices, quel que soit le niveau de mobilisation de leurs réserves corporelles à la lactation précédente.

 G1G2G3G4G5G6ETREffet du groupe1
Effectif (nb lactation)257438593372253395  
CONSO_LACTA (kg)+++++13,9***
Perte poids relative (%)++++++6,0***
SEV/portée======1,2ns
GMQ1-19 (kg/j)======0,46ns
ISS1, j======0,8ns
NT/portée au cycle suivant======4,6ns

 1ANOVA – *** : P < 0,001; ** : P < 0,01 ; * : P < 0,05 ; ns : P > 0,05

Des stratégies différenciées pour couvrir les besoins nutritionnels en lactation

Compte tenu de la corrélation négative entre CONSO_LACTA et la PERTE_PDS, il semble que les lactations composants les groupes G1 et G2 sont issues de truies ayant mobilisé le plus leurs réserves corporelles. À l’opposé, les lactations du groupe G6 sont issues des truies ayant le moins mobilisées leurs réserves corporelles. Dans les deux cas, la production laitière et donc la croissance des porcelets n’est pas impactée. D’après les travaux de Noblet et al. (1988)7 on peut conclure que les truies de ces trois groupes sont parvenues à combler leurs besoins énergétiques par un système de compensation entre ingestion et mobilisation des réserves corporelles.

Les truies aux profils G5, et dans une moindre mesure celles du profil G4, ont associé un haut niveau d’ingestion et une perte de poids relative supérieure à la moyenne sans que la production laitière ne soit significativement augmentée, ce qui est problématique. À l’inverse, dans les lactations du G3, les truies ont consommé à la fois moins d’aliments que la moyenne et ont également moins mobilisé leurs réserves corporelles sans pour autant dégrader la production laitière.

Conclusion

Cette étude a permis d’identifier et de décrire six groupes distincts sur le profil d’ingestion des truies allaitantes et ainsi de mieux comprendre la variabilité de besoins des truies. Toutefois, l’approche utilisée dans cet article n’a pas permis de mettre en lumière de profils idéaux permettant d’être sélectionnés. Pour aller plus loin, il conviendrait de convertir les ressources mobilisées (ingestion et réserves corporelles) et exportées (croissance de la portée) par les truies, en une seule unité de mesure, les mégajoules d’énergie nette.

Rédacteur(s)

  • Article rédigé par Thelma VAN Gheluwe (Cheffe de projet) & Clément Girres (Directeur France)
  • Article vulgarisé par les auteurs et le service Communication d’Axiom

Sources et Bibliographies

  1. Banville M., 2016. Approches quantitative et moléculaire pour l’amélioration génétique des aptitudes maternelles des truies sino-européennes Tai Zumu. Thèse de doctorat de l’Université de Toulouse, 213p.
  2. Dourmad J.Y., Gauthier R., Gaillard C., 2021. Évolution des concepts nutritionnels et des méthodes d’alimentation des truies reproductrices : historique et perspectives. INRAE Prod. Anim., 34(2), 111-126. https://doi.org/10.20870/productions-animales.2021.34.2.4861
  3. Eissen J.J., Apeldoorn E.J., Kanis E., Verstegen M.W.A., De Greef K.H., 2003. The importance of a high feed intake during lactation of primiparous sows nursing large litters. J.  Anim Sci, 81(3), 594-603. https://doi.org/10.2527/2003.813594x
  4. Gauthier R., Largouët C., Rozé L., Dourmad J.Y., 2021. Algorithme de prédiction en temps réel de la consommation alimentaire journalière chez la truie en lactation. Journées Rech. Porcine, 53, 127-132. https://inria.hal.science/hal-03134418
  5. Koketsu Y., Dial G.D., Pettigrew J.E., Marsh W.E., King V.L., 1996. Characterization of feed intake patterns during lactation in commercial swine herds. J.  Anim Sci, 74(6), 1202–1210. https://doi.org/10.2527/1996.7461202x
  6. Koketsu Y., Dial GD., Pettigrew J.E., King V.L., 1997. Influence of feed intake during individual weeks of lactation on reproductive performance of sows on commercial farms. Livestock Production Science, 49(3), 217–225. https://doi.org/10.1016/S0301-6226(97)00050-X
  7. Noblet J., Etienne M., Dourmad J.Y., 1988. Besoins énergétiques de la truie allaitante : détermination par la méthode factorielle. INRA Prod. Anim., 1(5), 355-358. https://hal.science/hal-00895848v1
  8. Quéméneur K., Marion A., Devine M., Le Gall M., 2023. 29. Relationship between the body condition and lactating performance of sows. Animal – science proceedings, 14(5), 668.
  9. Rodríguez M., Díaz‑Amor G., Morales J., Koketsu Y., Piñeiro C., 2023. Feed intake patterns of modern genetics lactating sows: characterization and effect of the reproductive parameters. Porcine Health Manag., 9(1), 6. https://doi.org/10.1186/s40813-022-00300-y
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