Zoom sur les yeux d'une truie en liberté
27 mai 2025

Maternité liberté : retour d’expérience d’éleveurs utilisateurs de la génétique AXIOM

Face à l’évolution des attentes sociétales en matière de bien-être animal et à la pression règlementaire croissante, les élevages porcins repensent leurs pratiques.

SOMMAIRE

Une réalité terrain face aux enjeux du bien-être animal

Face à l’évolution des attentes sociétales en matière de bien-être animal et à la pression règlementaire croissante, les élevages porcins repensent leurs pratiques. La maternité liberté (Figure 1) s’impose progressivement comme une alternative crédible à la contention traditionnelle conciliant bien-être animal, performances techniques et confort de travail.

Figure 1 : Photo d’une truie Venus et de sa portée dans une case maternité liberté
 Figure 1 : Photo d’une truie Venus et de sa portée dans une case maternité liberté

Pour mieux comprendre les conditions réelles de mise en place de ces dispositifs, AXIOM a mené une enquête auprès de 25 éleveurs français, utilisateurs de sa génétique. A travers leurs retours, cet article dresse un état des lieux des pratiques, des ressentis, des bénéfices et des ajustements nécessaires pour réussir cette transition.

Une enquête au plus près des élevages

Répartition des types génétique femelles utilisés par l’échantillon (autre = AXA ; M6 ; Large White)
Figure 2 : Répartition des types génétique femelles utilisés par l’échantillon (autre = AXA ; M6 ; Large White)

Pour cette étude, 25 éleveurs naisseurs-engraisseurs ont été enquêtés (Figure 2). Tous utilisent la génétique AXIOM, que ce soit via la voie mâle ou femelle. En moyenne, leurs élevages comptent 289 truies et 52 cases maternité liberté (installées entre 2017 et 2023).

Des entretiens semi-directifs, d’une à deux heures, ont permis d’aborder trois grandes thématiques que sont : l’agencement de la salle et des cases, la conduite de la maternité et le ressenti des éleveurs. En complément, une évaluation de la satisfaction, adaptée des travaux de Nicolas Villain (2018)4, a été réalisée sur différents critères grâce à une note allant de 0 à 3 : 0 = très insatisfait ; 1 = insatisfait ; 2 = satisfait ; 3 = très satisfait.

Enfin, pour enrichir les retours de terrain, cinq experts ingénieurs et équipementiers ont été interrogés via des entretiens semi-directifs, reposant sur des questions ouvertes. Leur regard visait à apporter une vision globale et complémentaire sur le sujet.

Concevoir une maternité liberté : éléments clés et retour d’expérience

Zoom sur les cases

Tableau 1 : Types d’ouverture en maternité liberté : surfaces et satisfaction moyenne

Type d’ouverture% de l’échantillonSuperficie% de surface allouée à la truieNote de satisfaction*
Latérale battante12%6,41 m²73 %3/3
Papillon24%6,68 m²60 %2,8/3
En V64 %6,83 m²63 %2,5/3


* (0 = très insatisfait ; 1 = insatisfait ; 2 = satisfait ; 3 = très satisfait)

L’ouverture latérale battante, bien que faiblement représentée, est la mieux notée grâce à une utilisation optimale de l’espace. Néanmoins, elle limite les accès sécurisés pour l’éleveur. Au contraire, le système papillon permet d’avoir une grande zone sécurisée et facilite l’entrée dans la case, mais ce, au détriment de l’espace pour la truie. L’ouverture en V est, elle, décrite comme facile à utiliser, mais dispose d’un espace moins optimisé en raison des espaces triangulaires peu valorisables.

Concernant la superficie des cases, il n’existe pas encore de normes en France. Cependant, les experts recommandent une surface totale permettant à la truie de se retourner facilement, soit 2,40 à 2,70m de long sur 2,40m de large. Ainsi la surface obtenue est très proche des normes instaurées dans des pays voisins de l’Union européenne.

À ce jour, aucune surface minimale n’est imposée pour la zone de confort des porcelets. Toutefois, cet espace doit permettre aux porcelets de s’y mouvoir jusqu’au sevrage. Qu’elle soit sous forme de niche ou de nid, les experts préconisent une surface d’environ 0,8 à 1 m², selon le niveau de prolificité des truies.

Agencement de la salle : accessibilité et confort de travail

L’agencement de la salle joue un rôle central pour la réussite d’une transition en maternité liberté. De fait, les éleveurs sont unanimes : un accès facilité à la truie et à l’auge est indispensable, surtout au moment de la mise bas.

  • À ce sujet, ils s’accordent sur l’utilité des couloirs transversaux, qu’ils jugent très pratiques. 
  • Ils recommandent une largeur de 60 cm pour les couloirs de service et de 1,20 m pour les couloirs principaux. 
  • A postériori, les éleveurs ne possédant pas de couloirs transversaux reconnaissent, avec un certain regret, qu’ils ont manqué une opportunité d’améliorer l’ergonomie de leur salle.
  • Enfin, pour améliorer l’accessibilité, les éleveurs privilégient une combinaison de parois basses pour la zone des porcelets et de parois hautes et ajourées autour de la truie.

Ce compromis offre à la fois visibilité, sécurité et accessibilité (Figure 3).

Figure 3 : Photo d’une maternité équipée de case liberté avec couloirs principaux et transversaux. Cases équipées de niches pour les porcelets, de parois basses pour les zones des porcelets et des parois hautes pour les truies.
Figure 3 : Photo d’une maternité équipée de case liberté avec couloirs principaux et transversaux. Cases équipées de niches pour les porcelets, de parois basses pour les zones des porcelets et des parois hautes pour les truies.

Conduite des truies : points de vigilance et pratiques observées

Les résultats de l’enquête indiquent que les pratiques quotidiennes des éleveurs sont dans l’ensemble restées les mêmes. Toutefois, quelques éléments ont été propices à des évolutions avec des ajustements pré et post-partum.

Phase pré-partum : apprivoisement et contrôle du gabarit

La majorité des éleveurs ont profité de cette transition pour prendre davantage le temps d’apprivoiser les cochettes. De fait, il parait crucial que les truies soient habituées à la présence humaine, afin que les interventions de l’éleveur ne perturbent pas l’ambiance de la maternité.Pendant la gestation, le contrôle du gabarit des truies est également considéré comme essentiel par les éleveurs et les experts.

L’objectif est d’éviter les excès d’état corporel, souvent associés à un risque d’écrasement des porcelets. Ainsi, les techniciens AXIOM recommandent une épaisseur de lard dorsal comprise entre 16 et 17 mm à la mise bas.

Phase péri-mise bas

Péri-MB, les truies sont temporairement bloquées avant d’être libérées pour la lactation. Cette pratique, propre aux maternités liberté, cherche un équilibre entre bien-être animal et performance d’élevage. La figure 4 illustre les tendances suivies en termes de contention des truies de l’entrée en maternité jusqu’au sevrage.

 EntréeJMB-4JMB-2JMBJMB+2JMB+6JMB+8JMB+10
Nombre d’éleveurs141625252518144

 Figure 4 : Chronologie de la contention des truies pré et post-partum (effectifs sur une base de 25 éleveurs). Plus la teinte est foncée, plus le nombre d’éleveurs bloquant les truies à cette période est élevé.

A l’entrée en maternité, deux pratiques coexistent : certains éleveurs bloquent les truies dès l’entrée afin de préserver la propreté de la case. Tandis que d’autres laissent les truies libres afin qu’elles s’approprient leur environnement et leurs congénères.

Dans le second cas, les truies sont bloquées 2 à 4 jours avant les mises bas. Quelle que soit la stratégie adoptée en amont, les éleveurs s’accordent sur l’importance de bloquer les truies durant la période critique pour la survie des porcelets : de JMB-2 (pour éviter une mise bas en liberté sans surveillance) à JMB+2. En cohérence avec les résultats de différentes études1,2, la libération des truies intervient généralement huit jours maximums après la mise bas.

Certains éleveurs (60%) optent pour une libération groupée des truies afin de simplifier l’organisation du temps de travail. Les autres optent pour une libération échelonnée afin de limiter le stress et de préserver le calme dans la maternité. Les critères de libération sont établis selon l’observation du comportement maternel et la vigueur des porcelets :.

  • Les porcelets ont reçu les soins
  • Les porcelets sont vifs
  • Les porcelets utilisent le nid
  • La truie est vigilante
  • La truie donne accès aux tétines
  • La truie donne accès aux tétines

Ambiance thermique : un équilibre à trouver

Pour limiter au maximum les pertes par écrasement, la création d’une double ambiance dans les salles de maternité ressort comme essentiel : une zone chaude pour les porcelets (niche ou nid) et une ambiance tempérée dans la salle.

Une double ambiance bien tranchée étant primordiale pour que les porcelets ne restent pas dans la zone dédiée à la truie. Au moment de la mise bas, la consigne de ventilation de la salle programmée par l’échantillon est en moyenne de 23°C.

La température de consigne du chauffage dans les zones pour porcelets est en moyenne de 31°C. La différence de température moyenne étant de 7,2°C. A ce moment-là, les éleveurs n’hésitent pas à bloquer les porcelets quelques heures dans la niche afin qu’ils s’habituent à utiliser leur zone de confort thermique. 

Sur la période de lactation, les experts préconisent une température de 20-22 °C dans la salle, et de 28-30°C dans les zones pour porcelets. Recommandations suivies par l’ensemble de l’échantillon enquêté.

Alimentation et perte d’état

Un point de vigilance à prendre en compte pendant la lactation est la perte d’état des truies. En effet, les truies en liberté ont une activité physique plus importante que des truies en cases conventionnelles3 augmentant leurs besoins énergétiques.

Aussi, les éleveurs enquêtés indiquent pour la majorité avoir augmenté la courbe d’alimentation allaitante. Au pic de cette courbe, les truies reçoivent en moyenne 9kg d’aliment par jour, voire dans certains élevages, une alimentation à volonté. L’objectif étant de maintenir un bon état corporel des truies jusqu’au sevrage (13mm d’ELD).

Les maternités liberté : un bénéfice pour l’éleveur et les animaux

« Ma vie d’éleveur a changé depuis qu’on a une maternité liberté » (éleveur 17).

Ce témoignage résume bien le ressenti des éleveurs ayant franchi le pas. La modernisation des maternités a amélioré leur confort de travail, leur rapport aux animaux et la dynamique globale de l’élevage.

Concernant le comportement général des animaux, les truies AXIOM obtiennent une note de satisfaction de 2,65/3 de la part des éleveurs enquêtés. La note augmente à 2,75/3 quand il s’agit du comportement des truies AXIOM envers l’éleveur. De plus, certains notent un gain de temps notamment durant les chantiers de sevrage des porcelets.

En effet, les porcelets, habitués à l’espace et plus vigoureux, mettent, selon les éleveurs, moins de temps à sortir de la case. Le sevrage est alors perçu comme « plus rapide » et « plus fluide ». Le démarrage en post-sevrage se passerait mieux, les porcelets étant habitués aux grands espaces et à l’aliment solide, il n’y a pas/plus de temps de latence.

Enfin, du fait de la mobilité des truies, la santé du cheptel se voit elle aussi améliorée.

Évolution des performances et temps d’adaptation

Certains éleveurs ont observé être capables de sevrer plus de porcelets au même poids en comparaison avec leurs anciennes maternités. D’autres ont, en plus d’un gain de porcelets sevrés, gagné en poids de portée au sevrage. D’autres encore n’ont pas relevé d’évolution dans leurs performances, mais aucun n’a connu de baisse de performances à long terme. Avant d’atteindre ces gains de performances, une phase d’adaptation et d’apprentissage a été nécessaire pour les éleveurs enquêtés.

Cette phase, d’environ 10 mois, est une étape clé. Au cours de cette phase, les éleveurs s’accordent sur le fait que l’observation du troupeau est le meilleur moyen de comprendre le fonctionnement de leurs animaux et ainsi d’adapter leur conduite. Ils ajoutent également qu’il est impératif de remettre leur travail en question et de ne pas hésiter à faire des essais.

En effet, une fois la phase de transition passée, éleveurs et experts s’accordent sur l’idée d’aller plus loin en laissant la possibilité aux cochettes de mettre bas en liberté par exemple. D’autres pratiques s’avèrent être efficaces, comme réduire au maximum les passages en maternité pendant la mise bas ou même réduire progressivement les durées de contentions.

Conclusion

Les maternités liberté ne sont pas qu’un changement de structure : elles représentent une transformation de fond. Confort, observation et engagement sont les piliers de cette réussite. Grâce aux retours d’expérience et à l’expertise AXIOM, cette transition, bien que progressive, s’inscrit comme une avancée bénéfique tant pour l’éleveur que pour les truies et les porcelets. Cependant, ces résultats sont conditionnés par une bonne conception des maternités, un travail d’observation et d’essais et une volonté de libérer les truies.

Rédacteur(s)

Article vulgarisé par le service Communication d’Axiom

Article rédigé par Thelma Van Gheluwe et Marion Autreux.

Petit glossaire pour une meilleure compréhension de l’article

  • ELD: Epaisseur de Lard Dorsal
  • MB: Mise Bas
  • JMB: Jour de la Mise Bas
  • JMB-2 : 2 jours avant le jour de la mise bas
  • JMB+2 : 2 jours après le jour de la mise bas

Sources et Bibliographies

  1. Banville M., 2016. Approches quantitative et moléculaire pour l’amélioration génétique des aptitudes maternelles des truies sino-européennes Tai Zumu. Thèse de doctorat de l’Université de Toulouse, 213p.
  2. Dourmad J.Y., Gauthier R., Gaillard C., 2021. Évolution des concepts nutritionnels et des méthodes d’alimentation des truies reproductrices : historique et perspectives. INRAE Prod. Anim., 34(2), 111-126. https://doi.org/10.20870/productions-animales.2021.34.2.4861
  3. Eissen J.J., Apeldoorn E.J., Kanis E., Verstegen M.W.A., De Greef K.H., 2003. The importance of a high feed intake during lactation of primiparous sows nursing large litters. J.  Anim Sci, 81(3), 594-603. https://doi.org/10.2527/2003.813594x
  4. Gauthier R., Largouët C., Rozé L., Dourmad J.Y., 2021. Algorithme de prédiction en temps réel de la consommation alimentaire journalière chez la truie en lactation. Journées Rech. Porcine, 53, 127-132. https://inria.hal.science/hal-03134418
  5. Koketsu Y., Dial G.D., Pettigrew J.E., Marsh W.E., King V.L., 1996. Characterization of feed intake patterns during lactation in commercial swine herds. J.  Anim Sci, 74(6), 1202–1210. https://doi.org/10.2527/1996.7461202x
  6. Koketsu Y., Dial GD., Pettigrew J.E., King V.L., 1997. Influence of feed intake during individual weeks of lactation on reproductive performance of sows on commercial farms. Livestock Production Science, 49(3), 217–225. https://doi.org/10.1016/S0301-6226(97)00050-X
  7. Noblet J., Etienne M., Dourmad J.Y., 1988. Besoins énergétiques de la truie allaitante : détermination par la méthode factorielle. INRA Prod. Anim., 1(5), 355-358. https://hal.science/hal-00895848v1
  8. Quéméneur K., Marion A., Devine M., Le Gall M., 2023. 29. Relationship between the body condition and lactating performance of sows. Animal – science proceedings, 14(5), 668.
  9. Rodríguez M., Díaz‑Amor G., Morales J., Koketsu Y., Piñeiro C., 2023. Feed intake patterns of modern genetics lactating sows: characterization and effect of the reproductive parameters. Porcine Health Manag., 9(1), 6. https://doi.org/10.1186/s40813-022-00300-y
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